Je suis actuellement en Master 2 (niveau bac+5 pour ceux qui n'ont pas suivi les réformes de ces 10 dernières années) d'informatique théorique. Et cette année, lors du second semestre, nous devons effectuer un stage de recherche d'une durée de 5 mois (bon, pour moi c'est 22 semaines parce que j'ai des obligations vis-à-vis de Télécom Paris par ailleurs, mais peu importe). Vu que c'est un peu le flou, je me suis renseigné en allant discuter avec un maximum de personnes (enseignants, chercheurs). Petit florilège des conseils recueillis. Naturellement, chacun n'est que le reflet de l'opinion de celui qui me l'a donné, je ne prétends pas à une quelconque vérité absolue dans ce qui suit. En espérant que ça pourra être utile à certains.
Sur quels critères choisir son stage ?
Dans l'ordre : intérêt du sujet, bon entente avec l'encadrant (maître de stage), situation géographique. Faire intervenir la situation géographique avant l'un des deux autres critères, c'est prendre le risque d'aller au devant de graves déconvenues. L'intérêt du sujet, ça veut tout simplement dire : fais-toi plaisir, sinon tu n'y arriveras pas, tu t'embêteras et ça ne sera productif pour personne. L'entente avec l'encadrant, c'est aussi l'entente sur les méthodes de travail : certains ont besoin d'être poussés en permanence, d'autres préfèrent avoir plus de latitude et ne faire le point que de temps en temps. Attention tout de même : si vous souhaiter continuer dans la recherche (en thèse notamment), l'autonomie et la prise d'initiatives dans vos recherches seront des qualités indispensables ; avoir un encadrant trop « mère poule » peut donc procurer un sentiment de sécurité trompeur, et il faudra bien oser se lancer un jour ou l'autre.
Du stage de Master 2 à la thèse, ça se passe comment ?
La plupart du temps, plutôt bien. Si l'on s'entend bien avec son directeur, que l'on a produit des résultats intéressants et qu'on pense pouvoir aller (beaucoup) plus loin, il est fréquent de continuer en thèse. Mais ce n'est pas systématique. Quelques exemples : on peut vouloir aller faire sa thèse en province (parce que cela « facilite » le retour sur Paris après, ou parce que l'on est élève de l'ENS et que cela permet d'obtenir une bourse de thèse automatiquement via les allocations couplées) ; on peut ne pas s'être entendu avec l'équipe, ou alors avoir travaillé sur un sujet qui ne se prête pas à un travail de doctorat (qui dure 3 ans). Si l'on compte continuer dans la recherche, il est donc de bon ton de se poser la question de la poursuite en thèse au moment du choix du stage, mais en étant conscient que cela ne constitue nullement un engagement irrévocable, simplement une opportunité particulière.
C'est payé, un stage de M2 ?
Ça dépend des stages et de votre statut (polytechniciens et normaliens sont en principe déjà payés, mais ils peuvent éventuellement demander une autorisation de cumul). En général, c'est précisé sur l'offre de stage.
C'est quoi le bon plan, pour trouver un stage ?
Aller parler avec les profs à la fin des cours. Aller visiter les labos, ne pas hésiter : lire les pages web des chercheurs, leur passer un coup de fil ou envoyer un mail, et aller rencontrer les gens sur place. Enfin, consulter les offres sur Internet (sur le site du master, par exemple). Se méfier, ce n'est pas parce qu'elles sont sur un site « officiel » qu'elles ont été vérifiées (en l'occurrence, elles ne le sont pas). En plus, sur Internet, on ne peut pas discuter avec les gens, voir comment on s'entend avec eux. Par contre, ça incite à aller voir plus loin que les enseignants du master. Surtout, ne pas hésiter à demander à X de vous recommander auprès de Y qui pourra vous renvoyer vers Z qui aura un collègue avec un super stage.
La province ? L'étranger ?
Un bon plan à plusieurs points de vue, pourvu que vous y trouviez un labo où vous vous sentiez bien, dans une région où vous êtes prêts à passer potentiellement 3 à 4 ans (dans l'hypothèse d'une thèse).
Et finalement, la solution miracle pour concilier toutes ces contraintes ?
« Tu as 22 ans. Ne te prends pas la tête avec des plans de carrières. Ton dossier est bon, fais ce qui te fait plaisir, et fais-le bien. »
Je rappelle que ce conseil (en opposition flagrante avec certains de ceux qui le précèdent) m'a été donné par une personne et qu'il convient à chacun de se forger son propre jugement. Ce ne sont que des pistes de réflexion.
N'hésitez pas à me laisser vos propres suggestions et expériences en commentaire, je les ajouterai à ce billet.
Krazy Kitty ajoute son grain de sel :
J'ai un peu de mal à saisir la différence entre 5 mois et 22 semaines, pour tout dire...
Tu as raison, il n'y en a pour tout dire aucune (enfin 2 jours, si l'on prend comme référence un mois de 30 jours, mais c'est en fait juste une distinction dans la manière de compter). C'est juste moi qui me suis embrouillé.
Je remplacerais le deuxième critère "entente avec l'encadrant" par "laboratoire". Ça englobe s'entendre avec l'encadrant, s'entendre avec l'équipe (ou du moins ses méthodes de travail), apprécier les moyens et connections dont le labo dispose... Ce n'est pas toujours facile à évaluer à l'avance, mais l'entente avec l'encadrant, non plus.
Passer du Master 2 à la thèse : certains directeurs conseillent de changer de labo, histoire de voir du paysage. Certains n'auront pas de financement pour votre thèse. Ce n'est pas si automatique que ça. Sauf pour les normaliens et leur bourse assurée.
La bourse des normaliens, comme je l'évoquais, est loin d'être assurée s'ils veulent faire une thèse sur Paris. Pour la province, aucun problème effectivement.
Questions sous : parfois on peut recevoir un peu de sous, ce n'est pas un salaire, c'est une indemnisation (je crois), de l'ordre de quelques centaines d'euros par mois.
Oui, les offres parlent de « rétribution » (parfois), mais certains labos ne peuvent verser qu'un salaire, et donc dans ce cas ne donnent rien pour les stages (puisqu'un salaire est impossible). C'est compliqué.
A propos du dernier conseil : il contient, au fond, une contradiction flagrante. A 22 ans, le meilleur moyen de penser à ta carrière, c'est de faire un truc qui te plaît, et de le faire bien.
Il ne dit pas de ne pas penser à sa carrière, mais de ne pas réfléchir vainement en pondérant 50 critères avec une vision carriériste. Enfin c'est dans cet esprit là qu'il m'a été donné.
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