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Remarques

Camille: Je me suis permis de corriger quelques tournures dans le paragraphe 45 :

Concernant la dernière correction, à la première lecture, Gabriel et moi avions compris qu'Hillary avait soutenu Obama, et non pas qu'il s'agissait d'un "supporter" d'Hillary.

Krazy Kitty:

il ne s'agit selon moi pas d'Obama, mais bien d'un soutien de Clinton, probablement Geraldine Ferraro, (ex-)membre du comité de campagne de Clinton, qui a récemment dû démissionner après avoir fait savoir un peu partout qu'Obama n'aurait pas autant de succès s'il était blanc). Je me permets donc de remettre "soutien", qui est plus fort et plus proche du rôle que jouait Ferraro quand elle a tenu ces propos.

Gabriel : bah, j'aime pas soutien, vraiment pas. Peut-être allié ? Bon, je le laisse comme ça, mais je dois dire que ça me gêne (c'est pas que le mot soit inapproprié, c'est que dans le flux du discours, on met un temps à comprendre le sens, et ça casse le rythme, àmha).

Camille: Je propose "d'un des soutiens d'Hillary" qui permet de se débarrasser une bonne fois pour toutes du malentendu. Je ne modifie pas pour l'instant, j'attends votre approbation.

Alexandre: je vote pour, et je vais modifier de ce pas.

Traduction

« Une union plus parfaite »

Centre de la Constitution

Le mardi 18 mars 2008

Philadelphie, Pennsylvanie

  1. « Nous le peuple, dans le but de former une union plus parfaite. »
  2. Il y a deux cent vingt-et-un ans, dans un bâtiment toujours debout de l'autre côté de la rue, un groupe d'hommes s'est rassemblé et, avec ces simples mots, a lancé l'aventure invraisemblable de la démocratie en Amérique. Des fermiers et des érudits, des hommes d'État et des patriotes, qui ont voyagé par-delà un océan pour échapper à la tyrannie et la persécution, ont finalement concrétisé leur déclaration d'indépendance à la convention de Philadelphie durant le printemps 1787.
  3. Le document qu'ils ont réalisé a été finalement signé, mais en étant en fin de compte inachevé. Il était souillé par le péché originel de cette nation, l'esclavage, une question qui a divisé les colonies et qui a mené la convention dans une impasse jusqu'à ce que les fondateurs permettent à la traite d'esclaves de se poursuivre pour au moins vingt ans de plus, laissant toute solution définitive à la charge des générations suivantes.
  4. Bien sûr, la réponse à la question de l'esclavage était déjà comprise au sein de notre Constitution – une Constitution qui contient profondément en son cœur un idéal de citoyenneté égale en vertu de la loi ; une Constitution qui promet à son peuple la liberté, la justice, et une union qui pourrait et devrait être perfectionnée au fil du temps.
  5. Et pourtant, des mots sur un parchemin ne sauraient être suffisants pour délivrer les esclaves de leurs liens, ou pour donner aux hommes et femmes de chaque couleur et religion l'intégralité de leurs droits et devoirs en tant que citoyens des États-Unis. Ce qui a été nécessaire, ce fut des générations successives d'Américains qui ont voulu réaliser leur part – à travers leurs protestations et leurs combats, dans les rues et dans les tribunaux, à travers la guerre et la désobéissance civile, et toujours en s'exposant à de grands risques – pour réduire le fossé entre la promesse de nos idéaux et la réalité de leur époque.
  6. C'est l'une des tâches que nous avons exposées au début de cette campagne – continuer la longue marche de ceux qui sont venus avant nous, une marche pour une Amérique plus juste, plus équitable, plus libre, plus attentionnée et plus prospère. J'ai choisi de me présenter à la présidence à ce moment de l'histoire car je crois profondément que nous ne pourrons résoudre les défis de notre époque, sauf si nous les résolvons ensemble – sauf si nous améliorons notre union en comprenant que nous pouvons avoir des histoires différentes, mais que nous avons des espoirs communs ; que nous pouvons ne pas nous ressembler et ne pas venir du même endroit, mais que nous voulons tous aller dans la même direction – vers un meilleur futur pour nos enfants et nos petits-enfants.
  7. Cette croyance provient de ma foi inflexible dans la moralité et la générosité du peuple américain. Mais elle provient aussi de ma propre histoire américaine.
  8. Je suis le fils d'un homme noir du Kenya et d'une femme blanche du Kansas. J'ai été élevé avec l'aide d'un grand-père blanc qui a survécu à la Dépression pour ensuite servir dans l'armée de Patton durant la Seconde Guerre mondiale et d'une grand-mère blanche qui a travaillé dans une chaîne d'assemblage de bombardiers à Fort Leavenworth pendant que celui-ci était à l'étranger. J'ai fréquenté certaines des meilleures écoles d'Amérique et vécu dans l'une des nations les plus pauvres du monde. Je suis marié à une Américaine noire qui porte en elle le sang des esclaves et des esclavagistes – un héritage qui sera transmis à nos deux précieuses filles. J'ai des frères, des sœurs, des nièces, des neveux, des oncles et des cousins, de toutes les races et de toutes les couleurs, dispersés à travers trois continents, et aussi longtemps que je vivrai, je n'oublierai jamais que, dans aucun autre pays sur Terre, mon histoire serait possible.
  9. Cette histoire n'a pas fait de moi le candidat le plus conventionnel. Mais c'est une histoire qui a gravé jusque dans mon code génétique (seared into my genetic makeup) l'idée que cette nation est plus que la somme de ses parties – qu'à partir de tous, nous sommes vraiment un.
  10. À travers la première année de cette campagne, malgré toutes les prédictions du contraire, nous avons vu combien le peuple américain était demandeur de ce message d'unité. Malgré la tentation de voir ma candidature à travers un filtre purement racial, nous avons remporté des victoires dominantes dans des États avec des populations parmi les plus blanches du pays. En Caroline du Sud, là où le drapeau confédéré flotte encore, nous avons construit une puissante coalition d'afro-américains et d'américains blancs.
  11. Ce n'est pas pour dire que la race n'a pas été une question dans la campagne. À divers stades de la campagne, certains commentateurs m'ont jugé soit « trop noir » soit « pas assez noir ». Nous avons vu des tensions raciales poindre à la surface durant la semaine précédant la primaire de Caroline du Sud. La presse a fouillé chaque sortie d'urnes pour chercher les dernières preuves d'une polarisation raciale, non seulement en termes de blancs et noirs, mais aussi en termes de noirs et marrons.
  12. Et pourtant, c'est uniquement dans les deux dernières semaines que la discussion concernant la race a pris un tour particulièrement diviseur.
  13. D'un côté du spectre, nous avons entendu l'implication que ma candidature est en quelque sorte un exercice de discrimination positive ; qu'elle est basée uniquement sur le désir de libéraux crédules d'acheter une réconciliation raciale à bon prix. De l'autre côté, nous avons entendu mon ancien pasteur, le révérend Jeremiah Wright, utiliser un langage incendiaire pour exprimer des opinions qui peuvent non seulement augmenter la scission raciale, mais des opinions qui dénigrent à la fois la grandeur et la bonté de notre nation, qui offensent, à juste titre, aussi bien les Blancs que les Noirs.
  14. J'ai déjà condamné, en des termes sans équivoque, les déclarations du révérend Wright qui ont causé une telle controverse. Pour certains, des questions lancinantes subsistent. Savais-je qu'il était occasionnellement un féroce critique de la politique intérieure et extérieure américaine ? Bien sûr. L'ai-je déjà entendu faire des remarques considérées comme polémiques lorsque j'étais assis à l'église ? Oui. Ai-je fortement désapprouvé nombre de ses opinions politiques ? Absolument – tout comme je suis certain que nombre d'entre vous ont entendu des remarques de vos pasteurs, prêtres ou rabbins, que vous désapprouviez fortement.
  15. Mais les remarques qui ont provoqué cette récente tempête n'étaient pas simplement polémiques. Elles n'étaient pas simplement l'effort d'un chef religieux pour s'élever contre ce qu'il perçoit comme une injustice. Au contraire, elles exprimaient une vision profondément déformée de ce pays – une vision qui voit le racisme blanc comme endémique, et qui élève ce qui va mal en Amérique au-dessus de ce que nous savons aller bien en Amérique ; une vision qui pense que les conflits au Moyen-Orient ont pour origine principale les actions d'alliés fondamentaux comme Israël, au lieu de l'émanation des idéologies perverses et haineuses de l'islam radical.
  16. En tant que tels, les commentaires du révérend Wright ne sont pas seulement faux, mais diviseurs, diviseurs à un moment où nous avons besoin d'unité ; racialement chargés à un moment où nous avons besoin de nous réunir pour résoudre un ensemble de problèmes monumentaux – deux guerres, une menace terroriste, une économie en chute, une crise chronique des soins de santé et des changements climatiques potentiellement dévastateurs ; des problèmes qui ne sont ni noirs ni blancs ni hispaniques ni asiatiques, mais plutôt des problèmes auxquels nous sommes tous confrontés.
  17. Compte tenu de mon expérience, de mes opinions politiques, des valeurs et des idéaux que je professe, il y aura sans doute des gens pour qui mes déclarations de condamnation ne suffisent pas. Pourquoi m'associer avec le révérend Wright en premier lieu ? peuvent-ils se demander. Pourquoi ne pas rejoindre une autre église ? Et je dois confesser que si tout ce que je connaissais du révérend Wright était les extraits de ces sermons qui ont tourné sans fin à la télévision et sur YouTube, ou si la Trinity United Church of Christ se conformait aux caricatures colportées par certains observateurs, j'aurais sans aucun doute réagi de la même manière.
  18. Mais la vérité est que ce n'est pas tout ce que je connais de l'homme. L'homme que j'ai rencontré il y a vingt ans est un homme qui a contribué à m'initier à ma foi chrétienne, un homme qui m'a parlé de notre devoir de nous aimer les uns les autres ; de nous occuper des malades et de relever les pauvres. C'est l'homme qui a servi son pays en tant que U.S. Marine ; qui a étudié et enseigné dans certaines des meilleures universités et certains des meilleurs séminaires du pays, et qui, pendant plus de trente ans, a dirigé une Église qui sert la communauté en réalisant le travail de Dieu ici sur Terre – en donnant un foyer aux sans-abris, se dévouant pour les nécessiteux, fournissant des services de garderie, des bourses d'études, des missions dans les prisons, et en rejoignant ceux qui souffrent du VIH/SIDA.
  19. Dans mon premier livre, Les rêves de mon père (Dreams From My Father), j'ai décrit l'expérience de mon premier service à Trinity :
  20. « Les gens ont commencé à crier, à se lever de leurs sièges, à applaudir et pleurer, un puissant vent portant la voix du révérend jusque dans les chevrons… Et dans une même tonalité – l'espoir ! – j'ai entendu quelque chose d'autre ; au pied de cette croix, au sein des milliers d'Églises à travers le pays, j'ai imaginé les histoires de gens noirs ordinaires s'unir avec les histoires de David et Goliath, de Moïse et Pharaon, des chrétiens dans la fosse aux lions, du champ d'ossements desséchés d'Ézéchiel. Ces histoires – de survie, de liberté et d'espoir – sont devenues notre histoire, mon histoire ; le sang qui a été versé était notre sang, les larmes, nos larmes ; jusqu'à cette Église noire, en ce jour radieux, semblaient encore une fois un navire transportant l'histoire d'une peuple dans les générations futures et dans un monde plus vaste. Nos essais et victoires sont devenus à la fois uniques et universels, noirs et plus que noirs ; dans les chroniques de notre voyage, les histoires et les chansons nous ont permis de nous rappeler les souvenirs pour lesquels nous n'avions pas à ressentir de honte… des souvenirs que tous les peuples peuvent étudier et chérir – et avec lesquels nous pouvons commencer à reconstruire. »
  21. Cela a été mon expérience à Trinity. Comme les autres Églises à prédominance noire à travers le pays, Trinity incarne la communauté noire dans son intégralité – le médecin et la mère de famille vivant de l'aide sociale, l'étudiant modèle et l'ancien membre de gang. Comme dans les autres Églises noires, le service à Trinity est plein de rires rauques et parfois de plaisanteries paillardes. Plein de danses, d'applaudissements, de hurlements et de cris qui peuvent sembler discordants aux oreilles non entraînées. L'Église contient l'intégralité de la bonté et de la cruauté, de l'intelligence farouche et de l'ignorance choquante, des luttes et des succès, de l'amour et, oui, de l'amertume et des préjugés qui constituent l'expérience des Noirs en Amérique.
  22. Et cela aide à expliquer, peut-être, ma relation avec le révérend Wright. Aussi imparfait qu'il puisse être, il a été comme un membre de la famille pour moi. Il a renforcé ma foi, officié à mon mariage, et baptisé mes enfants. Pas une seule fois dans mes conversations avec lui je ne l'ai entendu parler d'un groupe ethnique en des termes désobligeants, ou traiter des Blancs avec lesquels il avait des relations autrement qu'avec courtoisie et respect. Il contient en lui les contradictions – le bien et le mal – de la communauté qu'il a servi diligemment durant tant d'années.
  23. Je ne peux pas plus le renier que renier la communauté noire. Je ne peux pas plus le renier que renier ma grand-mère blanche – une femme qui a contribué à m'élever, une femme qui s'est sacrifiée encore et encore pour moi, une femme qui m'aime autant qu'elle aime tout en ce monde, mais une femme qui m'a une fois confessé sa peur des hommes noirs qui passaient devant elle dans la rue, et qui, en plus d'un occasion, a proféré des stéréotypes raciaux ou ethniques qui m'ont hérissé.
  24. Ces gens sont une partie de moi. Et ils sont une partie de l'Amérique, ce pays que j'aime.
  25. Certains verront ceci comme une tentative de me justifier ou d'excuser des propos qui sont simplement inexcusables. Je peux vous assurer que ce n'est pas le cas. Je suppose que la chose politiquement sûre à faire serait de passer sur cet épisode et juste espérer qu'il se fonde dans le paysage. Nous pouvons rejeter le révérend Wright comme un excentrique ou un démagogue, comme certains ont rejeté Geraldine Ferraro, à la suite de ses déclarations récentes, nourrissant de profonds préjugés raciaux.
  26. Mais la race est une question dont je crois que cette nation ne peut s'offrir d'ignorer pour le moment. Nous ferions la même erreur que le révérend Wright a faite dans ses sermons offensants concernant l'Amérique – pour simplifier, stéréotyper, et amplifier le négatif jusqu'au point où cela déforme la réalité.
  27. Le fait est que les propos qui ont été tenus et les questions qui ont fait surface ces dernières semaines reflètent la complexité de la race dans ce pays que nous n'avons jamais vraiment surmonté – une partie de notre union qui doit toujours être perfectionnée. Et si nous nous éloignons maintenant, si nous nous retranchons simplement derrière nos arguments respectifs, nous ne serons jamais capables de nous rassembler et de résoudre les défis tels que les soins de santé, l'éducation, ou la nécessité de trouver de bons emplois pour chaque Américain.
  28. Comprendre cette réalité nécessite un rappel de la manière dont nous sommes arrivés à ce point. Comme William Faulkner l'a écrit, « Le passé n'est pas mort et enterré. En fait il n'est même pas passé. » Nous n'avons pas besoin de réciter ici l'histoire de l'injustice raciale de ce pays. Mais nous avons besoin de nous rappeler que tant de disparités qui existent aujourd'hui dans la communauté africaine américaine peuvent être directement attribuées aux inégalités transmises par une génération antérieure qui a souffert du brutal héritage de l'esclavage et de Jim Crow (nom désignant les afro-américains et qui fut utilisé pour nommer des lois nationales et fédérales en faveur de la ségrégation raciale de la fin du XIXe siècle jusqu'au milieu du XXe siècle).
  29. Les écoles séparées étaient, et sont, des écoles inférieures ; nous ne les avons toujours pas corrigées, cinquante ans après l'affaire Brown contre le conseil d'éducation, et l'éducation inférieure qu'ils dispensaient, à l'époque et maintenant, aide à comprendre la création du fossé omniprésent entre les étudiants noirs et les étudiant blancs d'aujourd'hui.
  30. La discrimination légalisée – où les noirs ont été empêchés, souvent par la violence, de posséder une propriété, où des prêts n'étaient pas accordés aux chefs d'entreprise afro-américains, où des propriétaires noirs ne pouvaient pas avoir accès aux hypothèques de la FHA (Federal Housing Administration), où les noirs étaient exclus des syndicats, des forces de polices et des sapeurs-pompiers – signifiait que les familles noires ne pouvaient pas réunir assez de richesse à léguer aux générations futures. Cette histoire explique le fossé des revenus et de la richesse entre les noirs et les blancs, et les poches où se concentrent la pauvreté qui persistent dans tant de communautés rurales et urbaines d'aujourd'hui.
  31. Un manque d'opportunité économique chez les hommes noirs, et la honte et la frustration qui proviennent de l'incapacité à pouvoir subvenir à sa famille, a contribué à l'érosion des familles noires – un problème que les politiques d'aide sociale ont pu pendant de nombreuses années avoir empiré. Et le manque de services de base dans de nombreux quartiers urbains noirs – des parcs pour que les enfants y jouent, des patrouilles policières, un ramassage régulier des ordure, une application du code de la construction – tout cela a contribué a créer un cycle de violence, de dégradation et de négligence qui continue de nous hanter.
  32. C'est la réalité dans laquelle le révérend Wright et les autres afro-américains de sa génération ont grandi. Ils sont devenus majeurs entre la fin des années cinquante et le début des années soixante, une époque où la ségrégation était toujours inscrite dans la loi du pays, et où les opportunités étaient systématiquement réduites. Ce qui est remarquable n'est pas combien d'entre eux ont échoué en faisant face à la discrimination, mais plutôt combien d'hommes et de femmes ont surmonté les épreuves ; combien d'entre eux ont eu la possibilité de tracer un chemin là où il n'y en avait pas pour ceux comme moi qui viendraient après eux.
  33. Mais pour tous ceux qui ont écorché et griffé pour obtenir un bout du rêve américain, nombreux était aussi ceux qui n'ont pas réussi – ceux qui au final ont été battus, d'une manière ou d'une autre, par la discrimination. Cette héritage de défaite a été passé au générations futures – ces jeunes hommes, et de plus en plus, ces jeunes femmes, que nous voyons debout au coin des rues ou qui croupissent dans nos prisons, sans espoirs ou perspectives d'avenir. Même pour ces noirs qui ont réussi, les question d'ethnies et le racisme continuent de définir leur vision du monde de manière fondamentale. Pour les hommes et les femmes de la génération du révérend Wright, les souvenirs de l'humiliation, du doute, et de la peur ne se sont pas évanouies ; la colère et l'amertume de ces années non plus. Cette colère n'est peut être pas exprimée en public, devant leurs collègues blancs ou leurs amis blancs. Mais elle porte sa voix chez le barbier ou autour de la table de la cuisine. Certaines fois, cette colère est exploitée par les politiciens, pour piéger les votes sur des critères raciaux, ou pour compenser leurs propres échecs.
  34. Et occasionnellement elle s'exprime à l'église le dimanche matin, sur la chaire et entre les bancs. Le fait que tant de gens soient surpris d'entendre cette colère dans certains des sermons du révérend Wright nous rappelle simplement le vieux truisme disant que les heures les plus séparées dans la vie américaine ont lieu le dimanche matin. Cette colère n'est pas toujours productive ; en fait, le plus souvent, elle détourne notre attention de la résolution des réels problèmes ; elle ne nous permet pas de faire face à notre propre complicité de notre condition, et empêche la communauté afro-américaine de forger des alliances nécessaires pour apporter un réel changement. Mais cette colère est vrai ; elle est puissante ; et simplement vouloir qu'elle disparaisse, la condamner sans en comprendre les racines, ne sert seulement qu'à creuser le fossé d'incompréhension qui existe entre les races.
  35. En fait, une colère similaire existe à l'intérieur des segments de la communauté blanche. La plupart des américains blancs de classes ouvrières et moyennes ne ressentent avoir été particulièrement privilégiés par leur race. Leur expérience est l'expérience des immigrés – dans la mesure où ils sont concernés, personne ne leur a rien donné, ils l'ont construit à partir de zéro. Ils ont travaillé dur toute leur vie, de nombreuses fois uniquement pour voir leur travail partir à l'étranger ou leur retraite vidée après une vie de labeur. Ils sont anxieux concernant leur avenir, et sentent que leurs rêves leur échappent ; à une époque de salaires stagnants et de concurrence mondiales, où la somme des opportunités semble être nulle, où vos rêves se font aux dépens de ceux des autres. Alors quand on leur dit d'envoyer leurs enfants dans l'école de l'autre côte de la ville ; quand ils entendent que un africain-américain décroche un bon emploi ou une place dans un collège à cause d'une injustice qu'eux-même n'ont jamais commis ; quand on leur dit que leurs craintes au sujet de la criminalité dans les quartiers urbains sont d'une certaine manière partiales, un ressentiment se construit au fil du temps.
  36. Comme la colère au sein de la communauté noire, ces ressentiments ne sont pas toujours exprimés en compagnie polie. Mais elles ont contribué à façonner le paysage politique depuis au moins une génération. C'est davantage la colère que les aides sociales et la discrimination positive qui ont aidé à forger la Coalition de Reagan. Les politiciens ont continuellement exploités la craintes de la criminalité pour leurs propres fins électorales. Des invités de talk-show et des observateurs conservateurs ont construit l'ensemble de leur carrière à démasquer des affirmations fallacieuses de racisme tout en rejetant les discussions légitimes sur l'injustice raciale et de l'inégalité comme simplement politiquement correct ou du racisme inversé.
  37. Tout comme la colère des noirs s'est souvent montrée contre-productive, ces ressentiments des blancs ont distrait l'attention des véritables responsables de la compression de la classe moyenne – une culture d'entreprise où sévit des délits d'initiés, des pratiques comptables douteuses, et de la cupidité à court terme ; un Washington dominées par les lobbyistes et les intérêts particuliers, des politiques économiques qui favorisent quelques-uns au détriment du plus grand nombre. Et pourtant, vouloir ignorer les ressentiments des américains blancs, les étiqueter comme abusifs ou même racistes, sans reconnaître qu'ils sont basés sur des préoccupations légitimes – cela creuse aussi le fossé racial, et barre le chemin vers la compréhension.
  38. C'est là où nous en sommes maintenant. C'est une impasse raciale dans laquelle nous sommes restés bloqués durant des années. Contrairement aux affirmations de certains de mes contradicteurs, noirs ou blancs, je n'ai jamais assez naïf au point de croire que nous pouvions surmonter notre clivage racial en une seule période d'élection, ou avec une unique candidature – particulièrement une candidature aussi imparfaite que la mienne.
  39. Mais j'ai exprimé une ferme conviction – une conviction enracinée dans ma foi en Dieu et ma foi en le peuple américain – qu'en travaillant ensembles, nous pouvons aller au-delà de certaines de nos vieilles blessures raciales, et que, en fait, nous n'avons pas le choix si nous voulons poursuivre sur la voie d'une plus parfaite union.
  40. Pour la communauté afro-américaine, ce chemin signifie embrasser le fardeau de notre passé sans en devenir les victimes. Cela signifie de continuer à insister à sur une pleine mesure de la justice dans chaque aspect de la vie américaine. Mais cela signifie aussi unir nos doléances personnelles – pour une meilleure protection santé, de meilleures écoles, et de meilleurs emplois – à l'ensemble des aspirations de tous les américains – la femme blanche luttant pour briser le plafond de verre, l'homme blanc qui a été licencié, l'immigré essayant de nourrir sa famille. Et cela signifie prendre l'entière responsabilité de nos propres vies – en demandant davantage à nos pères, en passant plus de temps avec nos enfants, en leur lisant et en leur apprenant que, bien qu'ils puissent faire face à des challenges et à des discriminations dans leurs propres vies, ils ne doivent jamais succomber au désespoir et au cynisme ; ils doivent toujours croire qu'ils peuvent écrire leur propre destin.
  41. Ironiquement, cette notion essentiellement américaine —– et oui, conservatrice – de développement personnel, se retrouvait fréquemment dans les sermons du révérend Wright. Mais ce que mon ancien pasteur n'a trop souvent pas compris est que s'engager sur un projet de développement personnel nécessite aussi de croire que la société peut changer.
  42. La profonde erreur des sermons du révérend Wright ne réside pas dans le fait qu'il parle du racisme dans notre société. C'est qu'il parle comme si notre société était statique ; comme si aucun progrès n'avait été fait, comme si ce pays — un pays qui a rendu possible pour l'un de ses propres membres de se lancer dans la course à la plus haute fonction du territoire et de construire une coalition de noirs et de blancs, d'hispaniques et d'asiatiques, de riches et de pauvres, de jeunes et de vieux – était toujours irrévocablement lié à son passé tragique. Mais ce que nous savons, ce que nous avons vu, c'est que l'Amérique peut changer. C'est le vrai génie de cette nation. Ce que nous avons déjà réalisé nous donne de l'espoir – l'audace d'espérer – pour ceux que nous pouvons et devons achever demain.
  43. Dans la communauté blanche, prendre le chemin vers une union plus parfaite signifie reconnaître que ce qui accable la communauté afro-américaine n'existe pas uniquement dans les esprits des noirs ; que l'héritage des discriminations passées - et présentes, même si elles sont moins manifestes aujourd'hui - est réel et doit être pris en compte. Pas seulement avec des mots, mais aussi avec des actions : en investissant dans nos écoles et associations ; en faisant respecter nos droits civiques et en s'assurant de l'impartialité de notre système de justice pénale ; en fournissant aux générations présentes les ascenceurs sociaux qui manquaient aux générations passées. Pour cela, il faut que tous les Américains se rendent compte que les rêves d'autrui n'ont pas à être réalisés au détriment des leurs ; qu'investir dans la santé, le bien-être et l'education des enfants noirs et des enfants blancs va en fin de compte contribuer à la prospérité de toute l'Amérique.
  44. Au bout du compte, ce qui est demandé n'est ni plus, ni moins ce que que toutes les grandes religions de ce monde demandent : ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse. Soyons les gardiens de nos frères, nous disent les Écritures. Soyons les gardiens de nos sœurs. Trouvons cet intérêt que nous avons tous en commun, et que notre politique reflète aussi cet esprit.
  45. Parce que nous avons un choix à faire dans ce pays. On pourrait accepter une politique qui engendre la division, le conflit et le cynisme. On pourrait aborder le problème de la race comme un spectacle, comme nous l'avons fait lors du procès d'OJ Simpson ; ou dans le sillage d'un évènement tragique, comme nous l'avons fait après le passage de Katrina ; ou comme de reportages au journal de vingt heures. On pourrait passer les sermons du révérend Wright tous les jours sur toutes les chaînes, en parler jusqu'aux élections et mettre au centre de cette campagne le fait de savoir si oui ou non les Américains pensent qu'en quelque sorte, je crois ou je m'associe à ses paroles les plus offensantes. On pourrait se jeter sur quelque gaffe d'un des soutiens d'Hillary qui serait la preuve qu'elle joue la carte de la question raciale, ou on pourrait spéculer sur la question de savoir si tous les hommes blancs vont affluer dans le camp de John McCain aux élections générales, quelque soit son programme.
  46. On pourrait le faire.
  47. Mais si nous le faisons, je peux vous dire qu'aux prochaines élections nous en seront encore à débattre d'une autre futilité. Puis d'une autre, et d'une autre. Et rien ne changera.
  48. C'est une des options. Ou alors aujourd'hui, lors de ces élections, nous pouvons nous réunir et dire : « Pas cette fois ». Cette fois, nous voulons parler de l'Ecole en ruine qui prive les enfants noirs, blancs, asiatiques, hispaniques et natifs-américains, de leur avenir. Cette fois nous voulons refuser l'idée, cynique, que tel enfant ne puisse pas apprendre et que tel autre, parce qu'il est différent, ne nous concerne pas. Les enfants d'Amérique ne sont pas ces enfants, ils sont nos enfants, et nous ne les laisseront pas en retrait de l'économie du XXIème siècle. Pas cette fois.
  49. Cette fois nous voulons dire combien les files d'attente aux urgences sont pleines de blancs, de noirs et d'hispaniques qui n'ont pas accès aux soins, qui ne peuvent pas à eux seuls être plus forts que les intérêts particuliers de Washington, mais qui peuvent les combattre si nous sommes ensemble.
  50. Cette fois nous voulons parler des usines désaffectées qui prodiguaient jadis une vie décente aux hommes et aux femmes de toutes races, des maisons à vendre qui ont jadis appartenu à des Américains de toutes religions, de tous lieux et de toutes origines sociales. Cette fois nous voulons dire que le vrai problème n'est pas que quelqu'un qui ne vous ressemble pas puisse vous piquer votre travail, c'est que la société pour laquelle vous travaillez le fera faire au delà des mers pour rien d'autre que de l'argent.
  51. Cette fois nous voulons parler des hommes et des femmes de couleurs et d'opinions différentes qui servent ensemble, combattent ensemble, et eurent ensemble pour le même et fier drapeau. Nous voulons parler du moyen de les ramener à la maison d'une guerre que nous n'aurions jamais dû ni autoriser ni faire, et nous voulons parler de comment nous montrerons notre patriotisme en prenant soin d'eux, de leurs familles et en leur donnant ce qui leur est dû.
  52. Je ne me présenterais pas à l'élection présidentielle si je ne croyais pas de tout mon coeur que c'est ce que veut une grande majorité d'américains pour son pays. Cette union ne sera peut-être jamais parfaite, mais génération après génération, elle a prouvé qu'elle était toujours perfectible. Et aujourd'hui, à chaque fois que je doute ou que je suis cynique à ce sujet, ce qui me donne le plus d'espoir c'est la génération d'après, les jeunes dont les attitudes, les croyances et l'envie de changement ont déjà marqué l'histoire durant cette élection.
  53. Il y a une histoire en particulier sur laquelle j'aimerais vous laisser aujourd'hui – une histoire que j'ai racontée quand j'ai eu le grand honneur de parler lors de l'anniversaire du Dr. King dans son église, Ebenezer Baptis, à Atlanta.
  54. Il y a une jeune femme blanche de vingt-trois ans, nommé Ashley Baia, qui a participé à l'organisation de notre campagne à Florence, en Caroline du Sud. Elle a travaillé à encadrer une communauté majoritairement afro-américaine depuis le début de cette campagne, et un jour elle a participé une table ronde où chacun à son tour a raconté son histoire et pourquoi ils étaient ici.
  55. Et Ashley a dit que quand elle avait neuf ans, sa mère a développé un cancer. Et comme elle a dû manquer des jours de travail, elle a été remerciée et a perdu sa couverture santé. Ils ont dû se déclarer en faillite, et c'est là qu'Ashley a décidé qu'elle devait faire quelque chose pour aider sa maman
  56. Elle savait que la nourriture était l'une de leurs dépenses les plus coûteuses, et Ashley a donc convaincu sa mère que ce qu'elle aimait vraiment et voulait vraiment manger plus que tout au monde, c'était des sandwiches à la moutarde et au relish (Ndt : sorte de sauce sucrée à base de fruits et légumes). Parce que c'était la façon la moins chère de manger.
  57. Elle a fait ça pendant un an jusqu'à ce que sa mère aille mieux, et elle a dit à tout le monde à la table ronde que si elle a rejoint notre campagne, c'était de façon à pouvoir aider les millions d'autres enfants dans le pays qui veulent et doivent aider leurs parents aussi.
  58. Et Ashley aurait pu faire un choix différent. Peut-être quelqu'un lui a dit en cours de route que les problèmes de sa mère étaient le fait des noirs qui reçoivent les allocations et sont trop paresseux pour travailler, ou les hispaniques qui entrent illégalement dans le pays. Mais elle ne l'a pas fait. Elle a cherché des alliés dans sa bataille contre l'injustice.
  59. Quoi qu'il en soit, Ashley termine son histoire et ensuite fait le tour de la pièce et demande à tous les autres pourquoi ils soutiennent la campagne. Ils ont tous des histoires et des raisons différentes. Nombre d'entre eux évoquent un problème particulier. Et finalement on en vient à cet homme noir âgé qui est resté assis là tranquillement tout le temps. Et Ashley lui demande pourquoi il est là. Et il n'évoque pas un problème particulier. Il ne parle pas des soins médicaux ou de l'économie. Il ne parle pas de l'éducation ou de la guerre. Il ne dit pas qu'il est là pour Barack Obama. Il dit simplement à tout le monde dans la pièce, « Je suis là à cause d'Ashley ».
  60. « Je suis là à cause d'Ashley ». En soi, cet unique moment de reconnaissance entre cette jeune femme blanche et ce vieil homme noir n'est pas suffisant. Il n'est pas suffisant pour donner l'accès aux soins aux malades, ou des emplois aux sans-emplois, ou l'accès à l'éducation à nos enfants.
  61. Mais c'est là où nous commençons. C'est là où notre union devient de plus en plus forte. Et comme tant de générations en sont venu à le réaliser au cours des deux cent vingt et une années depuis qu'une bande de patriotes ont signé ce document en Philadelphie, c'est là où la perfection commence.